Parentalité / humeur

Allaitement difficile : entre rêves et réalité

allaitement difficile

Et si je n’arrive pas à allaiter ? Mais ma chérie, l’allaitement c’est naturel, c’est instinctif ! Toutes les mamans du monde allaitent, c’est comme ça depuis la nuit des temps. Comment faisaient-elles avant que l’on invente le lait en boîte ? Ah ben oui, c’est vrai…

Alors, comment faisaient-elles ? Elles apprenaient, elles s’entraidaient, elles se soutenaient… Aujourd’hui, je partage avec vous mon expérience “d’allaitante débutante” parce qu’il faut bien le dire, avec nos modes de vie, l’allaitement ce n’est plus aussi évident !

Je ne juge pas les mamans qui n’allaitent pas, je pense que c’est une décision très personnelle mais en ce qui me concerne, j’ai toujours su que j’allais allaiter.

Lorsque j’ai découvert que j’étais enceinte, j’ai commencé à faire beaucoup de recherches, sur tout. Je suis du genre un peu angoissée, alors c’est ma manière à moi de me rassurer. J’ai passé ma grossesse le nez dans mes bouquins et il ne m’a pas fallu bien longtemps pour découvrir les bienfaits de l’allaitement. Au fil de mes lectures, j’étais de plus en plus certaine de faire le meilleur choix à la fois pour moi, mais aussi pour mon bébé. J’étais fière de dire que OUI, j’allais allaiter. J’allais protéger mon bébé des maladies infectieuses et chroniques. J’allais lui transmettre mes anticorps, lui éviter de futurs problèmes de poids. Un lien affectif unique allait se créer grâce à la magie de l’allaitement. On allait économiser des centaines d’euros, limiter nos déchets, préserver l’environnement… Tout allait être vraiment merveilleux. Sans avoir à fournir aucun effort. Il me suffisait JUSTE d’allaiter. Naturellement…

Et puis R. est né. Et la réalité m’a frappé de plein fouet. C’était un bébé plutôt menu alors la puéricultrice m’a dit « vous le mettez au sein dès que possible il va falloir le remplumer ce petit “. Je me souviens avoir été surprise par la difficulté à lui faire attraper mon sein. La sage-femme m’a aidée et je me suis dit « Ok c’était la première fois, maintenant ça va aller… ». Et puis en fait non… A peine avait-elle refermé la porte de ma chambre qu’il l’avait lâché. J’ai dû demander de l’aide, une bonne dizaine de fois dans la nuit. Impossible de lui faire prendre une tétée correcte. Là, j’ai commencé à douter et à me poser des questions. Ne suis-je pas censée savoir faire ça ? Et lui, n’est-il pas censé savoir téter instinctivement ? Il se passe quoi là ?? Le deuxième jour on m’a dit que s’il ne reprenait pas un peu de poids on ne me laisserait pas sortir. A ce moment-là, j’ai commencé à paniquer un peu. Je n’étais même pas capable de savoir s’il avalait du lait ou non…. Lorsqu’on me demandait s’il avait bien tété je répondais “Euh, je sais pas trop, je crois…”. En parallèle, je devais aussi faire face à des discours contradictoires : “réveillez le toutes les 2h” “non surtout pas”, “mettez-le au sein le plus souvent possible”, “quoi il est encore au sein ?” Bref, j’étais paumée. Le troisième jour, la puéricultrice m’a apporté un biberon avec un peu de lait artificiel. Il fallait qu’il grossisse. Je me rappelle avoir sérieusement douté de mes capacités, cela semblait tellement facile pour toutes les autres mamans que je connaissais… Et puis finalement entre le lait artificiel et les tétées, il a repris un peu de poids et nous avons pu rentrer à la maison. C’était toujours aussi difficile et je n’avais plus personne à appeler à la rescousse. J’essayais de le mettre au sein, parfois pendant 30 minutes… J’en pleurais et lui, il hurlait de faim et de frustration. J’étais à deux doigts de courir acheter une boite de lait pour en finir avec tout ça, pour être sûre de bien nourrir mon bébé, pour le voir repu et le voir grossir, enfin. A l’époque, je trainais pas mal sur les forums et le site de la Leche League. Grâce au soutien d’autres mamans, je me suis dit que j’allais essayer de tenir encore 15 jours. J’avais tenu jusque-là, je pouvais tenir encore 15 jours. A la visite des 1 mois, il avait pris 1 kg. J’étais heureuse d’arriver à rassasier mon bébé mais les tétées me faisaient terriblement souffrir. Pourtant, j’avais lu que si je m’y prenais bien, ce n’était pas censé faire mal…C’était supposé être un moment magique mais non, j’étais là, les dents serrées et les larmes aux yeux. J’étais découragée… J’ai continué à demander l’avis d’autres mamans et finalement, au bout d’un moment, les douleurs ont fini par disparaître.

J’allaitais avec plaisir. Enfin !

J’ai voulu continuer sur ma lancée alors j’ai loué un tire-lait à la pharmacie et j’ai commencé à stocker des poches de lait. Mon bébé avait à peine plus de deux mois et je devais reprendre le travail.

Je ne le savais pas encore mais cela allait sonner la fin de mon allaitement. En fait, je n’ai pas réussi à suivre le rythme. J’ai tenu presque 2 mois, grâce à mes réserves et le peu que j’arrivais à tirer à la maison. Au travail je n’y arrivais pas, je ne me sentais pas à l’aise et puis, impossible de prendre des pauses. J’ai maintenu quelques tétées mais cela n’a pas été suffisant. Je n’avais plus assez pour nourrir mon fils et prévoir pour le lendemain.

Alors oui, on vante partout les bienfaits de l’allaitement longue durée, mais personnellement je trouve que c’est très difficile pour les mamans qui travaillent, pas pour toutes évidemment, mais parfois le lieu ne s’y prête vraiment pas. La plupart des mères ne peuvent pas rester à la maison au delà du congé maternité ou n’en ont pas envie. Comment maintenir l’allaitement lorsqu’on reprend le travail si vite ? Peut-on vraiment tirer son lait au travail lorsqu’on travaille dans une petite société et que les regards sont loin d’être bienveillants lorsque vous vous pointez le matin avec votre tire-lait et vos coussinets…

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En 2013, la part des nourrissons allaités à la naissance s’élève à 66 %. Elle n’est plus que de 40 % à 11 semaines, 30 % à 4 mois et 18 % à 6 mois (sources : Drees numéro 0958 avril 2016).

On dit souvent que l’allaitement est naturel, mais il ne vient pas naturellement. Comme tout le reste, il vous faudra apprendre à allaiter. Et en la matière nous sommes très peu accompagnées, même les soignants sont parfois mal informés et ne sont pas toujours de bons conseils…

Si vous êtes enceinte et que vous souhaitez allaiter, ne vous attendez pas à ce que ce soit forcément facile. Préparez-vous, renseignez-vous.

N’hésitez pas à demander des conseils, et pour cela, entourez vous des bonnes personnes.

Attendez-vous à ce que certaines personnes essaient de vous décourager : « Nan mais franchement, tu t’embêtes pour rien ! » « Ton lait n’est pas assez nourrissant !», « Mais pourquoi tu t’acharnes ? ».

Préparez-vous au regard sceptique de votre hiérarchie et au remarques de vos collègues de travail (pas tous heureusement). “Oui c’est bon vas-y va tirer ton lait, mais dépêche toi !” “tu peux pas faire ça chez toi ?”

Préparez-vous à devoir boire des litres de tisane, pour stimuler votre production de lait.

Préparez-vous aussi à devoir (peut-être) arrêter plus tôt que vous ne le pensiez.

Et si vous êtes arrivée à surmonter tout cela, profitez, profitez PROFITEZ et ne jugez pas les mères qui n’allaitent pas. Peut-être qu’elles le voulaient vraiment mais qu’elles n’ont tout simplement pas pu.

Et vous les filles ça s’est passé comment pour vous ? Vous avez réussi à tenir après la reprise du travail ? N’hésitez pas à laisser un p’tit com si vous avez envie de partager votre vécu, et à nous rejoindre sur la page Facebook histoire de papoter un peu !

Je vous embrasse !

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9 thoughts on “Allaitement difficile : entre rêves et réalité

  1. Oui, je trouve qu’il y a un décalage énorme entre toute la pression qu’on nous met à allaiter et le non-suivi qu’on nous offre après cela, que ce soit au moment de la mise en place de l’allaitement (pas si facile que ça, et où l’on peut bien vite se sentir perdue et démoralisée, avec bien du monde prêt à saper nos efforts par pur “confort”), ou après (effectivement, continuer à allaiter pleinement quand on reprend le boulot après un congé maternité classique est très dur). C’est complètement contradictoire – on nous pousse à allaiter, puis on laisse tomber quand on essaie de s’y atteler au mieux. Il y a encore bien du chemin à faire…

    1. C’est fou je me retrouve complètement dans ton article et dans celui de l arrivée du bébé. J’aurai totalement pu écrire la même chose ^^ je n’ai pas encore passé l étape reprise du travail mais il est vrai que je ne m attendais pas à ce que l allaitement soit un tel challenge.
      Merci de transmettre ce message aux futures et jeunes mères car c’est vrai que l on peut vraiment se sentir seule face à tt ça !

  2. Je trouve le message véhiculé sur cet article très beau. C’est vrai, qu’avant, toutes les femmes allaitaient (car on avait pas d’autres possibilités) mais il y avait un sacré réseau d’écoute et d’entraide ! A travers ce billet, tu reproduis le schéma ! Alors merci de ce partage et de ce retour d’expérience !

  3. C’est vrai que j’ai toujours entendu parler de l’allaitement comme quelque chose de très difficile et douloureux. L’OMS recommande d’allaiter 6 mois mais qui peut se permettre de faire des tétées à la demande pour entretenir sa lactation quand on doit retourner bosser au bout de 8 semaines ?

    Et ça varie tellement selon les femmes. Je n’ai pas allaité et pourtant j’ai eu des montées de lait jusqu’à 8 semaines après mon accouchement.

  4. Hello,
    Personnellement, j’ai hâte de vivre ce moment avec mon futur enfant. Certes, c’est surtout pour le nourrir, mais à mon avis, ce sera un instant complice qui renforcera davantage le lien que nous aurons. 🙂 Merci d’avoir partagé ta propre expérience sur le sujet.
    A+

  5. Hello ! Super article. De mon côté, j’ai réussi l’allaitement et la reprise du boulot : je travaillais 2-3 jours par semaine donc la majorité à la maison pendant que ma fille était chez la nounou. Le premier mois a été difficile car il fallait suivre le rythme des tétées à la demande, des tétées groupées du soir… Je me suis beaucoup renseignée après la naissance, j’aurais peut-être dû le faire avant car j’ai eu des millions de doutes. Mon meilleur allié : mon mari qui a été un soutien durant toutes mes périodes de doutes. La diversification (à 5 mois, oui je sais c’est plus que les recommandations officielles) a été un vrai soulagement. Elle a baissé ses quantités bues chez la nounou très rapidement et arrêté le biberon : elle avait 6 mois. De toute façon, elle n’a jamais été fan du biberon 😉 Aujourd’hui, avec le recul, je pense que je n’aurais pas réussi l’allaitement exclusif en reprenant à temps plein et je reste convaincue qu’il faut être bien entourée pour réussir ce beau défi 🙂

    1. Merci pour ton témoignage ! C’est vrai qu’avec la reprise du travail c’est un beau défi (surtout si on reprend à temps plein). Cette fois-ci je me sens beaucoup mieux informée et préparée donc forcément j’ai plus confiance en moi 🙂 je pense aussi qu’il faut être bien entourée et tu as raison de souligner le rôle du papa, on n’en parle jamais mais son soutien est hyper important…

  6. Merci pour cet article dans lequel je me reconnais. J’allaite encore mon bébé de dix mois, mais c’est franchement pas facile, et j’ai clairement souffert entre la période où j’ai repris le boulot et la diversification : papa moyennement convaincu, entourage dubitatif, crèche obtuse qui me demandait des quantités de lait trop importantes pour des raisons d’hygiène et de précaution (un tiers du lait, voire la moitié, était jeté chaque jour, jusqu’à la prise de repas solides), environnement au travail compliqué et baisse de la lactation à la moindre fatigue.
    Et puis toujours cette logistique : éléments du tire-lait à laver tout le temps, se lever la nuit ou très tôt le matin pour tirer assez, se trimballer des blocs de congélation au travail, etc…
    Allaiter sur le moyen terme et travailler est dur. J’ai tenu car je travaille deux jours dans la semaine à domicile, sinon, je n’aurais clairement pas pu.
    Je trouve cruellement contradictoires ces encouragements à l’allaitement quand on est enceinte, et ce manque de soutien général des mamans allaitantes dès qu’on a passé un mois.

    1. Merci pour ce témoignage, je suis tellement d’accord avec vous! La logistique, la fatigue qui s’installe… Le congé maternité est tellement court ! Alors, pour ma fille j’ai eu la chance de pouvoir m’organiser autrement, je reprendrai le travail lorsqu’elle aura 6 mois. C’est beaucoup moins de stress du coup !

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